Qu’est-ce qu’un beau crottin ?

Publié le par Anne et Cat

 

Loin de moi l’idée de donner à Techniques d’élevage une orientation scatologique mais regarder les crottins de son cheval ou de son poney est une source d’information à ne pas négliger, disponible… je n’irais pas jusqu’à dire que ce sont des nouvelles fraîches de ce qui se passe à l’intérieur mais c’est quand même un peu cela.

 

Laissons de côté le problème des parasites et l’estimation de la nécessité ou de l’efficacité d’une vermifugation qui demande pour être un tant soit peu efficace, le recours à un laboratoire.

 

Oublions aussi les cas ouvertement pathologiques pour nous concentrer sur le cheval sain.

 

Le crottin est le résidu indigestible de la ration. Mais il contient aussi des parasites, de la flore digestive, des résidus endogènes notamment des enzymes, des fragments de cellules intestinales desquamées etc.

 

Un bon crottin est bien moulé, de couleur dorée à froment et a une odeur faible.

 

Il doit contenir des brins mais ceux-ci ne doivent pas être longs. Sinon, cela prouve qu’ils ont mal été mâchés. Il faut donc vérifier la dentition.

 

Il ne doit pas contenir de grains entiers. S’il en contient, cela veut dire que le cheval a avalé tout rond, pas qu’il digère mal. En effet, un grain entier est très difficilement attaquable et ressort donc intact. Là encore, regardez si la dentition est correcte.

 

Mais certains chevaux pressés, anxieux « boivent leur avoine ». Pour eux, l’aplatissage, le broyage ou d’autres traitements, sont indispensables… sans compter les bonnes vieilles recettes comme le calme pour les repas ou le gros galet dans la mangeoire.

 

Autrefois, on faisait parfois germer les crottins pour savoir s’il y avait des grains qui étaient ressortis intacts ou non.

 

Le pH d’un bon crottin est entre 6 et 7 souvent aux alentours de 6,2 à 6,5. (mesuré au pH-mètre ou avec un papier pH).

 

L’humidité est entre 60 et 70 %. La méthode est de faire sécher au four jusqu’à poids constant (24 heures à 105° ou 48 heures à 80°). Si vous le mettez plus chaud, cela va plus vite mais cela détruit aussi un certain nombre de molécules et le résultat est légèrement faussé.

 

Et évidemment, si vous essayez cela dans le four de votre cuisine, entre le gâteau au chocolat et le gigot d’agneau, je doute que votre famille soit d’accord… et puis, cela va vous parfumer toute la maison… bon appétit !

 

Il faut savoir que l’humidité d’un crottin est totalement indépendante de la teneur en eau de la ration. Vous pouvez servir du grain sec, humidifié, sous forme de mash ou de soupe, que cela n’aura aucune influence.

 

En revanche, un crottin contient plus d’eau en cas d’excès alimentaire en potassium (cas bien connu de l’herbe jeune ou effet laxatif de l’apport de mélasse), de sel, de magnésium ou de son (du fait de ses propriétés hygroscopiques).

 

Mais en dehors de ces cas particuliers, lorsque l’humidité du crottin est anormalement élevée, il faut suspecter un dysmicrobisme au niveau du caecum-colon. C’est là qu’il faut se pencher un peu plus sur leur aspect pour avoir une idée de ce qui pèche.

 

Vous avez un crottin de couleur claire, d’une consistance proche de la bouse de vache, parfois avec de petites bulles et d’odeur aigrelette, pH inférieur à 6 : généralement soit votre ration est trop riche en amidon, soit celui-ci est trop résistant à l’attaque des sucs gastriques et de l’intestin grêle.

 

Je sens que là, je deviens carrément obscure.

 

Vous savez que le cheval digère par voie enzymatique dans l’intestin grêle, puis par voie fermentaire (avec des micro-organismes) dans le gros intestin.

 

Supposons que votre cheval reçoive une ration trop riche en amidon. Cet amidon, en grande quantité, dépassera les capacités de digestion enzymatique de l’intestin grêle. Donc une fraction non négligeable arrivera dans le caecum.

 

Si vous avez un apport en amidon correct mais que celui-ci résiste à la digestion dans l’intestin grêle, vous vous retrouvez devant une situation comparable : beaucoup d’amidon arrive dans le gros intestin.

 

Évidemment, les bactéries le dégraderont mais plus ou moins bien… c’est pas leur job. En outre, il faut se représenter le microbisme comme une population complexe : il y a ceux qui peuvent dégrader l’amidon et ceux qui peuvent dégrader les fibres par exemple.

 

Si l’arrivée d’amidon à ce niveau est trop importante, on bouleverse les équilibres en favorisant les microorganismes « amido-philes » au détriment des microorganismes « fibro-philes »… un changement d’orientation politique qui forcément amène des bouleversements… c’est le dysmicrobisme (et le préfixe dys- signifie que cela se passe mal).

 

Le crottin est donc le reflet de la digestion mais aussi du niveau où les différents composants de la ration sont digérés.

 

Au laboratoire, on peut avec de la teinture d’iode retrouver de l’amidon dans les crottins. On peut aussi avec une goutte de soudan reconnaître des gouttelettes rouge-brun si le cheval digère mal les lipides.

 

Pour un crottin qui a la même consistance mais qui est très foncé (vert bouteille à brun) avec un pH supérieur à 7 et une odeur de putréfaction, l’origine est à rechercher dans un apport d’azote trop important.

 

Je ne vous fais pas le raisonnement, il est parallèle à celui de l’amidon.

 

Il faut rechercher du côté d’un apport en excès de foin de légumineuses (luzerne par exemple…), de tourteaux…

 

Dans les deux cas, il convient d’agir au plus vite pour rétablir l’équilibre car les dysmicrobismes sont à l’origine de problèmes graves.

 

Cat

 

Cheval devant un van le jour d'un concours. Copyright Techniques d'élevage

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