Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 06:49

 

Les chéloïdes font partie des problèmes majeurs dans les complications des plaies. Rappelons la définition classique des chéloïdes : une formation tumorale bénigne fibreuse de la peau.

 

« Ah non, c'est un peu court, jeune homme ! ».

 

Le chéloïde peut avoir des aspects bien différents :

 

Cheloide2.jpg 

Source : N.S. Loving. Nouveau manuel vétérinaire pour propriétaires de chevaux. Ed. Vigot. 

 

cheloide-1.jpg

Source : B. Finance. Plaies et Pansements. Ed. Prest Edit    

 

La formation de ces chéloïdes est un phénomène complexe et les hypothèses sont nombreuses.

 

Shema-pour-les-cheloides.jpg

 

Commençons par les mécanismes induits par la plaie :

 

  • La mort de cellules lors de la blessure. Ces cellules en mourant vont libérer un facteur de croissance (molécule induisant la multiplication de certaines cellules) : FGF (Fibroblast Growth Factor) qui induit la multiplication des fibroblastes.

     

  • Le système immunitaire : certaines molécules sont produites par le système immunitaire lors de l'inflammation normale dans toute plaie, dont le TGF-β (Transforming Growth Factor). Cette molécule va stimuler la production de collagène (et de fibronectine... pour être un peu plus complet... ou pour briller en société, si vous arrivez à replacer l'information, bien sûr !).

     

  • La coagulation : les plaquettes vont se lier ensemble et produire le PDGF (Platelet Derivated Growth Factor, notez que c'est pas pour faire plus classe que je vous les donne en anglais !). Cette molécule stimule à la fois la multiplication des fibroblastes et la synthèse de collagène.

     

 

Le collagène, la fibronectine et d'autres molécules forment la matrice extra-cellulaire. Cette matrice doit avoir une structure particulière, nous verrons que dans les chéloïdes c'est notamment cela qui pose problème.

 

Cette structure reconstruite est appelée « tissu de granulation ». Ce tissu sert pour combler la plaie et pour l'épithélisation finale en formant un socle plat. Tant que le tissu de granulation n'est pas fini, l'épithélisation ne peut pas commencer et donc la cicatrisation ne peut pas se terminer.

 

Bien, ces considérations faites, on peut s'attaquer aux chéloïdes. Il existe un certain nombre d'hypothèses :

 

  1. Les fibroblastes peuvent avoir une sensibilité accrue au TGF-β et au PDGF ou ceux-ci peuvent présenter une augmentation de leur activité. On va donc produire plus de collagène et de fibronectine que la normale. La structure de la matrice extra-cellulaire va donc être modifiée et donner le bourrelet.

     

  2. Même principe que précédemment, sensibilité accrue des fibroblastes mais ici, on a une augmentation de la production de TGF-β et au PDGF.

     

  3. La matrice extra-cellulaire va réguler l'activité des facteurs de croissance. Chez les chéloïdes, elle est anormale. Un des concepts pouvant amener une utilisation pratique est une diminution de la quantité d'oxygène au niveau des tissus. En effet, lors de l'angiogénèse (fabrication de vaisseaux sanguins, donnant cette couleur rose au tissu de granulation), il peut y avoir un dysfonctionnement et l'apport d'oxygène peut être insuffisant. Il va y avoir libération de facteurs de croissance stimulant à la fois la fabrication de vaisseaux sanguins et la production de collagène.

     

  4. La tension et l'étirement de la plaie : les contraintes mécaniques provoquent la libération de neuropeptides et donc, outre la douleur, une réaction inflammatoire pouvant devenir chronique si répétée trop souvent. Les chéloïdes sont donc plus fréquents avec les plaies sur les articulations qui sont constamment en mouvement. De même, rouvrir une plaie relance le processus de l'inflammation, la production de collagène et enfin, augmente la probabilité de la survenue de chéloïde.

     

  5. Un dysfonctionnement immuno-génétique : ce serait dû à une maladie auto-immune liée au tissu conjonctif.

     

  6. Une réaction immunitaire à son propre sébum. On peut limiter le contact avec le sébum en lavant au savon.

     

 

Dans la pratique, les chevaux sont plus sujets aux chéloïdes que les poneys. Les plaies à risques sont situées en bas des membres, sur les articulations. Elles n'ont pas des bords nets façon plaie chirurgicale.

 

Formation d'un chéloide sur le nez d'un poney. Copyright : Ecuries du Possible

 

Dans ce cas, il s'agissait d'une ponette et ce n'était pas en bas des membres. Cependant le bout du nez est une partie qui bouge en permanence et comme elle ne souffrait pas, elle se la réouvrait en permanence en mangeant. La cicatrisation était donc constamment retardée. Aucun pansement n'étant évidemment possible à cet endroit, la plaie était constamment souillée ce qui entretenait l'inflammation malgré les soins attentifs. Il a donc fallu une intervention chirurgicale. 

 

Etat de la plaie 2 mois après parage chirurgical. Copyright : Ecuries du Possible

 

Voici l'état de la plaie 2 mois après l'intervention. 
Avec l'aimable autorisation des Ecuries du Possible (aussi sur FB)

 

En conclusion, une plaie doit être nettoyée doucement, on ne rouvre pas la plaie sauf dans le cas d'une infection afin d'éviter une septicémie.

 

Francois


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